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27/09/2006

Engrenage

Le train, c'est toujours un peu bizarre. On a beau lire, roupiller, rêvasser, regarder les paysagea qui défilent, dans un train, rien n'y fait : on est enfermé, pour quelques heures, pour le meilleur et pour le pire, avec quelques dizaines de nos semblables.

J'ai eu l'occasion la semaine dernière de prendre le train pour aller passer quelques entretiens - infructueux - et chaque fois, surtout dans le train du retour (bizarrement), en contemplant telle vieille dame revenant de chez son médecin, tel jeune cadre dynamique tapant nerveusement sur le clavier de son ordinateur, telle jolie étudiante endormie, telle mère de famille donnant rendez-vous à son mari sur le quai d'un RER, je me représentais les destinées de tout ce beau monde comme un complexe et gigantesque engrenage.

En fait, engrenage, c'est un terme un peu trop mécanique. Mais tant pis. Je me disais que la plupart du temps, on ne se rend pas compte que notre vie n'est que l'entraînement provoqué par celles des autres, tandis que la nôtre participe plus ou moins de l'entraînement général.

Pour entrer dans cet engrenage, pas grand chose à faire apparemment : on a l'impression qu'il suffit de se laisser porter. Mais ce n'est pas si simple. Bien souvent, on profite de l'inertie de nos parents. Ce sont eux qui nous donne l'impulsion initiale, qui nous accompagne un moment.

Et cette énergie s'épuise. Viennent alors le boulot, l'amour, les enfants, etc. Tout cela permet de se maintenir dans ce gigantesque engrenage. Sauf quand pour une raison ou pour une autre, on ne trouve rien pour se relancer.

En regardant tous ces gens qui avaient l'air d'avancer allègrement vers leur destin, je me demandais lesquels étaient en fait assez forts pour se maintenir en toutes circonstances dans l'engrenage, lesquels, sous leurs dehors sereins, dormaient mal la nuit, lesquels jouaient la comédie du plus fort mais ne voyaient pas leurs pieds d'argile.

C'est en effet seulement lorsqu'inexorablement on sent que cet engrenage s'éloigne qu'on prend conscience qu'avancer n'est pas naturel, qu'avancer demande des efforts permanents. Qu'il ne faut pas se tromper trop souvent parce que l'on risque de se retrouver coincé, bloqué. C'est inconsciemment (ou non) notre plus grande angoisse : être éjecté de l'engrenage, parce qu'en dehors de lui, il n'y a rien.

Et c'est un peu ce que je ressentais après ces divers entretiens : ce ralentissement inexorable, cette angoisse de savoir comment et où j'allais trouver le moyen de me relancer.

J'oubliais que j'étais encore, moi, petite roue dentée, en mouvement, léger, mais sensible tout de même, grâce à tout plein de personnes. Tout plein de personnes qui, parce que les dents de nos roues n'étaient pas directement en contact, ont peut-être eu l'impression de vainement essayer de me transmettre un peu d'énergie.

Impression confortée par mon absence de réaction.

Je vais cesser ici de filer (mal mais ce n'est pas grave) la métaphore pour remercier tous ceux qui, en prenant de mes nouvelles, en m'envoyant des annonces, en me donnant des conseils, en me parlant, en m'encourageant, en pensant à moi, en m'engueulant, en me prenant en pitié, en me toisant, en me méprisant, ont contribué un tant soit peu à me maintenir à flots.

Qu'ils sachent, ceux qui me lisent, et ceux qui ne me lisent pas, ceux qui ont abandonné comme ceux qui sont restés, que j'ai eu conscience de tous leurs efforts, maladroits ou non, bien reçus ou pas. Que rien de tout cela n'a été inutile, même si parfois la manière n'était pas au rendez-vous (j'ouvre une parenthèse pour dire que si l'on a toujours conscience de la bonne volonté de ceux qui veulent nous aider, il y a des circonstances où l'on n'a pas la force d'accepter cette aide pour ce qu'elle est, une aide, et que les réactions ne sont pas celles attendues ; je sais qu'il n'est pas facile de se mettre à la place des autres, mais parfois, penser à la manière rend l'action plus efficace ; ce qui évidemment n'excuse pas certaines réactions injustes de ma part, réactions que bien souvent je regrette mais ne sais comment expliquer : je ferme la parenthèse).

Grâce à cela, parce que j'existais dans des têtes et dans des coeurs, je suis resté vivant. Toutes ces personnes ont fait ce qu'il fallait et sincèrement je les remercie. Le reste est mon affaire et si je me plante personne n'y pourra rien et ce ne sera la faute de personne.

Tout cela ne paraît pas très optimiste, mais c'est le contraire. On dirait que j'ai trouvé une roue dentée qui va me relancer, un projet encore, mais un projet où tout est réuni pour qu'il aboutisse.

10:25 Écrit par Schleuder | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Sentimental, Triscotte, triscottes

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